affiche qui dit we are all made of stories et texte qui précise Qu’avez-vous fait de nos histoires ?
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Qu’avez-vous fait de nos histoires ?

affiche qui dit we are all made of stories et texte qui précise Qu’avez-vous fait de nos histoires ?

Entre l’essor de l’IA et le visionnage distrait, la tendance actuelle semble être de dénaturer la manière dont on raconte les histoires. Simplification à outrance, facilités… Pourquoi ce n’est pas une idée géniale ?

Les histoires évoluent

Le monde évolue, les sociétés aussi, nos comportements… et donc nos fictions. Et ce n’est pas toujours si grave (coucou l’Académie Française). Si rien ne changeait, on serait toujours à l’âge de pierre. Et même si les historiens commencent à nous dire que, en réalité, les tribus de chasseurs cueilleurs avaient carrément la belle vie et que le capitalisme naissant est la source de bon nombre de nos soucis, hé, il faut avancer avec son temps.

Ce qui ne veut pas dire : TOUT accepter. Non, on n’est pas des Amish si on considère que certaines avancées ne sont pas du tout des progrès (et puis, c’est quoi, cette manière de déconsidérer la manière de vie des autres, d’abord ?)

bâtiments qui affichent "this is the amish village"

Par exemple, l’intérêt de l’IA pour les métiers de la création est plus que relatif (bon, j’ai tendance à considérer que c’est le cas pour la plupart des métiers, pour tout un ensemble de raisons, mais ce n’est pas le sujet ici. Pas tout à fait… Je vous explique ensuite).

Pourtant, certaines pressions extérieures tendraient à nous faire croire qu’il faut attraper le train en marche pour ne pas rester sur le quai. Vraiment ?

Ce que certains veulent imposer aux histoires

Ici, d’habitude, je parle surtout de livres. Mais je regarde aussi beaucoup de séries. Et les séries, ce sont des histoires avec des images qui bougent, donc ça me plait aussi. (et pour les anciens, une image qui ne bouge pas, c’est une… ?)

Or, depuis quelque temps, dans le monde des séries (enfin surtout dans celui de Netflix a priori), une nouvelle tendance s’impose aux scénaristes. Celle du « visionnage distrait » ou « double screening ».

En résumé, certains se sont aperçus que beaucoup de personnes consultaient leur smartphone tout en regardant les séries (mais noooon, vous n’êtes pas espionnés chez vous), et donc leur manque de concentration nuit à leur compréhension du récit.

Sans. Blague.

Si vous n’écoutez pas ce qu’on vous dit, vous ne le comprenez pas. Il faut des études en marketing pour le deviner ?

Personnellement, ma réponse serait « ben pose ton téléphone ». Ce qui est, apparemment

  1. Une réponse de daronne
  2. Pas du tout la réponse choisie par les commerciaux de la plateforme

Non, ils ont préféré demander aux scénaristes de s’adapter. Et donc les personnages doivent maintenant répéter à l’oral ce qui se passe à l’image.

Est-ce que ça m’agace en tant que téléspectatrice ? Oui. Est-ce que ça énerve les scénaristes qui perdent du temps sur leur récit pour redire les choses ? Oui. Est-ce que ça va continuer quand même parce que « c’est le monde moderne » ? Apparemment oui.

Je ne suis pas la seule à ne pas trop apprécier (pour être gentille). Matt Damon s’en offusque aussi.

Pour moi, c’est un nivellement par le bas. Mais ce n’est que le début.

L’IA dans l’édition

Vous le saviez que j’allais en venir là, avouez ? (ou alors, vous n’avez pas tout suivi, et il faut que je vous réexplique tout ?)

Vous croyiez vraiment que l’IA servait juste à vous prendre vos boulots (oups, soyons consensuels : à vous faire gagner du temps pour vous aider à vous concentrer sur le plus important ?).

Voilà que le monde merveilleux du livre commence à l’utiliser aussi.

Regardez comme c’est trop bien : plus besoin d’illustrateurs, l’IA compose de jolies couvertures. Plus besoin pour les éditeurs de lire les manuscrits, l’IA repère ceux qui ont le plus de potentiel. Et plus besoin pour les auteurs d’écrire leurs romans, l’IA les aide à imaginer des rebondissements et à améliorer leurs personnages.

Excusez-moi une minute, je sors faire prendre l’air au contenu de mon estomac et je reviens.

Qui a sérieusement pu imaginer que des gens qui veulent raconter des histoires, qui y consacrent des heures, pour ne gagner que des miettes (je vous rappelle combien un auteur touche sur un livre ? ), voudraient tout déléguer à un ordinateur ?

littérature jeunesse, qui gagne quoi ?

Pire, qui a réellement envie de n’avoir que des histoires conçues par ordinateur ?

En réalité, les seuls qui y gagneraient, éventuellement, ce sont les gens qui font de l’argent avec de l’art. Parce que ça va plus vite, c’est moins cher et c’est juste du commerce, donc ce n’est pas grave.

Et c’est ainsi que l’on a des éditeurs qui remplacent déjà leurs traducteurs par l’IA. Ou que d’autres disent « mmm, oui, c’est une évolution qui approche ». Parce que, pourquoi pas, après tout ?

Ce que ça veut dire ? Vous, en tant que lecteur, vous ne valez même pas la peine que des humains fassent quelque chose pour vous.

C’est la marche du temps

Certains considèrent que j’ai tort de m’énerver, de me révolter, de me braquer des quatre fers contre ces procédés. Le monde change, il faut s’y faire.

Alors, oui. Mais non.

Car en tant que personne, j’ai le droit de considérer que certains changements sont mieux que d’autres (et oui, je fais aussi de la politique avec mes œuvres en ce sens). J’ai le droit de ne pas accepter tout ce qui est nouveau juste parce qu’on me le propose.

Et vous savez ce qui est génial ? Vous aussi vous avez ce droit.

Rien ne vous force à être juste des machines à produire des sous pour de grosses entreprises. Même les boîtes qui font de l’IA n’ont qu’une peur : que cette bulle éclate si les gens s’en détournent.

Et si vous preniez le pouvoir ? Et si vous racontiez vous-même l’histoire ?

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